Culture et Pensees de Diem Dao
PENSEES
D’AUTOMNE
Auteur: Le Dung

Ce matin comme d’ordinaire, à peine le RER A  ralentit pour s’arrêter que les passagers se bousculent déjà pour sortir. Ici la vie est toujours
pressée. Je marche en esquivant tantôt à droite, tantôt à gauche  la vague humaine pressante du sens inverse. A la sortie, les gens
traversent les chaussées en courant pour attraper le tramway qui vient juste de s’arrêter à la station Cité U.
Je ne prends pas le tramway. Je me force à marcher, de chez moi à la station de RER, de la station  de RER à mon lieu de travail, deux fois
par jour, ça fait une bonne heure de marche pour compenser mon manque d’assiduité en matière de sport.
Je longe le parc Montsouris, les arbres sont déjà dégarnis de feuilles, les dernières feuilles jaunâtres n’attendent qu’un léger coup de vent
pour tomber comme des papillons.
Cette  image me renvoie à la chanson « Chiếc lá cuối cùng » (La dernière feuille) de Đoàn Chuẩn et Từ Linh.
Tant de poètes, écrivains et compositeurs ont chanté la beauté de l’automne, mais je n’aime pas l’automne, car il évoque quelque chose de
triste : il me fait penser à la vie fragile d’un être humain à sa fin, vieux, malade, qui vacille comme une chandelle et s’éteint au moindre
souffle, emportant avec lui ses ambitions de jeunesse, pour lesquelles jadis il s’était battu avec fougue.
Aussi, j’ai perdu ma mère un jour d’automne, il y a deux ans. C’est la période la plus noire de ma vie.
Comme ma mère était malade depuis cinq ans, je savais que tôt ou tard ce qui devrait arriver se produirait, mais quand je la vis partir dans
un hoquet, et qu’en un instant, il ne resta qu’un corps inerte, sans vie, un immense désespoir m’envahit, un désespoir qu’il faut vivre pour
pouvoir ressentir.
J’ai à peine poussé un sanglot : Maman ! que ma belle sœur s’empressait de me rappeler en me consolant : Sixième Tante (elle m’appelle
comme ses enfants, mes nièces), ne vous chagrinez pas trop, sinon maman s’attarde et ne peut pas partir à l’heure.
Il y a des mœurs que vous croyez ou non qu’il faut respecter. Je me suis efforcée d’avaler mes sanglots pour que ma mère parte
sereinement.
Apprenant la nouvelle, les voisins envahissaient notre maison pour donner de l’aide. Ici, les gens ont encore du cœur et sont solidaires. Ou
ma mère, de son vivant a su se faire aimer.
Une vie !
J’étais comme un zombie, j’exécutais ce qu’on me disait sans réaction, comme une machine, même pour manger. Les parents, les voisins me
consolaient : Sixième mademoiselle, c’est le don du ciel que vous ayez pu voir madame votre mère à sa dernière minute. J’essaie de le croire
aussi.
Peut-être la nuit dernière, il a plu. Le trottoir est encore humide et jonché de feuilles jaunes que les éboueurs n’ont pas encore ramassées, je
marche en  piétinant les feuilles.
L’air d’automne est déjà un peu vif, je serre mon écharpe et accélère mes pas.
Au bout du parc  il y a une cafétéria, je jette un coup d’oeil pour voir si ma collègue est déjà arrivée : elle ne peut pas commencer sa journée
sans son café du matin.
Quelques clients, adossés au comptoir, dégustent leur café fumant en lisant un journal.
Ma boîte (comme on dit souvent !), se trouve de l’autre côté,  face au  parc, je m’empresse de traverser la chaussée pour ne pas rater le feu
vert.
Voilà je suis arrivée ! Une nouvelle journée commence ! Je me suis dis : comme j’ai la chance d’avoir un travail que j’aime, il faut que je
profite au maximum les petites joies que la vie me donne !