Culture et Pensees de Diem Dao


Commentaire de l’Ecole des femmes

BY THUY TIEN

INTRODUCTION

L’Ecole des Femmes fait entrer Molière dans la littérature française. Cette pièce qui est une comédie est présentée  pour la première fois le 26 décembre 1662 au
Palais Royal. Elle remporte un immense succès et vaut à Molière une recette importante ainsi qu’une récompense de 4000 livres de la part du Roi.
L’extrait que nous allons étudier se trouve dans la scène 5. C’est la scène la plus longue du deuxième acte de   « l’Ecole des femmes ». Arnolphe convoque Agnès
pour  savoir ce qui s’est passé entre sa « protégée » et Horace pendant son absence.  Arnolphe avec habileté par le truchement d’un ton « mi câlin mi impérieux »  
réussit à  faire parler Agnès de son rôle dans cette confrontation.
Cette scène est un dialogue entre deux personnages opposés, un homme et une femme, deux situations inverses, un bourgeois rusé et une jeune fille innocente et
compliquée, mais tout de même maligne. L’évolution psychologique de ce couple se traduit à travers le quiproquo et l’art de l’alexandrin. Tout d’abord, étudions le
caractère des deux protagonistes et le fonctionnement burlesque basé sur le quiproquo qui se déroule tout au long de cet extrait.

I.        Le caractère des deux personnages.
1/ Arnolphe : Fou de rage, Arnolphe est vraiment choqué quand Agnès lui avoue qu’elle a donné à Horace le ruban,  cadeau d’Arnolphe à Agnès (ruban : un mot
emprunté au moyen néerlandais ringband « colier » ou ring « anneau » anglais ; ce  cadeau symbolique a une valeur morale représentant un engagement sentimental).
Arnolphe, toujours sûr de lui, ressent dans cette annonce une humiliation,  un danger de perdre la bataille amoureuse. Ce danger est perçu avec l’adjectif quitte (dans l’
expression « rendre quitte » ou « être quitte ». Cet adjectif est emprunté au latin juridique médiéval quitus « libéré d’une obligation juridique, une extension « exonéré,
déchargé » quelque chose désagréable, d’un danger – Dictionnaire historique de la langue française), par le verbe retomber, équivalent être abattu. L’obsession de
cocuage s’exprime bien fort dans la métaphore par la métonymie, le verbe « affronter » (de front signifie aller au devant, faire face, faire front. Front, est issu du latin
frons, frontis « front », mot obscur qui reprend tous les sens du grec où le front s’était considéré comme le miroir de sentiment (en particulier de la pudeur, de l’
impudence – Dictionnaire historique de la langue française)
v.587 : Grâce aux bontés du Ciel, j’en suis quitte à bon compte.
v.588 : Si je retombe plus, je veux bien qu’on m’affronte.
Ces deux vers décrivent le fait qu’Arnolphe parle à lui-même, (à part) en montrant ses inquiétudes. Tout de suite, il  prend un ton impérieux par l’interjection « Chut ! »,
signifiant, «  Silence ! Taisez –vous ! ». Rusé, Arnolphe critique Horace, un blondin, dit-il,  terme méprisant. Pour rabaisser Horace, Arnolphe explique à Agnès que les
paroles de ce dernier ont pour but de l’abuser, de se moquer d’elle :
v.591 : Que de vous abuser, et puis après s’en rire.
Sa leçon de morale est composée ironiquement de mots portant le sens érotique, comme chatouiller, baiser, langueur (v.599), grand plaisir, douces caresses, goûter
(V. 607, 608,609). Ensuite, il résume que la séduction d’Horace n’est qu’un « péché mortel plus gros », un discours chrétien dans sa plénitude.
v. 599 : Est un péché mortel des plus gros qu’il le fasse.
Nous avons dans cet extrait une mise en scène de péché, un discours de peur et de manipulation. Arnolphe explique à Agnès que la rencontre entre elle et Horace est
la cause d’un péché mortel, de la colère de Dieu quand arrivera le Jugement dernier.
Le mot actions (ac-ti-ons entre le i et le o) réfère sa colère en se prononçant ce mot actions par la diérèse (vers. 602).
Il impose son point de vue en disant que le mariage est la seule issue pour éviter ce péché.
Tous ces discours reflètent l’image d’une personne polymorphe et obsédée. Il profite de ce moment là pour lui proposer le mariage (v.613) mais cette déclaration porte
sur un quiproquo (de v.613 jusqu’ au v.624). La proposition de mariage d’Arnolphe a un autre sens c'est-à-dire une cruauté non apparente, comme un animal féroce qui
s’amuse avec sa proie avant de la tuer. Dans sa naïveté, Agnès pense-t-elle qu’Arnolphe veut la marier à Horace (v.612) ?

2/ Agnès  est une fille innocente qui n’a pas le sens du péché. ! Elle avoue son innocence par le vers « Et je ne savais point encor ces choses-là ».
Elle ne comprend pas que l’Amour, cette chose si douce et si plaisante (v.604) puisse évoquer la colère de Dieu et soit  défendue par la morale ? Pour elle, l’Amour n’
apporte que la joie et elle veut y  goûter (v.605). La répétition des mots « courroucé » (3 occurrences de ce mot ; v.604, 605) et les deux points d’interrogations (v.603)
expriment une grande surprise. En plus, les deux points d’exclamation (v.604) et l’interjection « hélas », marquent une déception. Profitant de cette naïveté, Arnolphe
impose son point de vue sur le mariage comme s’il tendait  un piège à cette jeune fille. Elle croit en lui  comme un tuteur qu’il est, voire un sauveur, elle lui montre son
affection dans le bons sens « v.618 : Que, si cela se fait, je vous caresserai ! »
La réponse d’Arnolphe commençant par l’interjection « Hé »,  suivi de cette phrase : « la chose sera de ma part réciproque », la  choque. En effet, elle pense qu’
Arnolphe veut se moquer d’elle quand il répond : «Oui, vous le pourrez voir. » qui suit tout de suite la question d’Agnès « Parlez vous tout de bon ? » (v.621). Ces deux
hémistiches se suivent dans la même phrase et montrent qu’Arnolphe ne laisse pas à sa proie le temps de réfléchir, il veut qu’elle comprenne le sens du mot « hymen »
(v.616). L’intrigue de cette pièce repose-t-elle sur cette courte phrase ? Au moment de l’introduction de la pièce, nous croyons qu’Agnès est une jeune fille naïve, un
peu sotte comme l’image qu’Arnolphe veut nous montrer lors de la discussion avec Chrysalde, son ami. Mais non, elle comprend assez vite le piège de son maître «
Nous serons mariés? » cette question met-elle en relief un grand étonnement, ou une grande déception ?
Malgré son apparente innocence, Agnès a cette intelligence cachée qui perce la cruauté de son tuteur et lui permet de dévoiler le masque hypocrite d’Arnolphe.

II.        Le fonctionnement burlesque.

1.        Le contraste
Après avoir écouté la confession d’Agnès, Arnolphe ne peut pas cacher son obsession du cocuage et dévoile aux spectateurs ses idées quand il monologue sur scène.
(v.587, 588). Cet effet comique réside dans un contraste entre  deux personnages : d’un côté, Arnolphe, un homme sûr de lui qui se comporte en tyran dont on ressent
aussi la faiblesse de l’être humain avec ses angoisses, avec ses peurs ; de l’autre côté, Agnès, l’image de l’innocence qui ne pense guère qu’à l’Amour en craignant le
péché et  la colère de Dieu mais aussi qui respecte le point de vue de son maître.
Tout au long de cet extrait, l’auteur nous montre le contraste entre les deux images notamment dans la scène entre le renard et l’agneau. D’une part, Arnolphe porte un
masque de renard, rusé, malin, d’autre part, Agnès est sous un masque d’un petit agneau, naïf et innocent.
Agnès est-elle vraiment innocente comme l’image que son maître veut nous montrer :      « De votre innocence » (v.591) ? Au début, elle est innocente mais l’Amour d’
Horace et la cruauté d’Arnolphe lui fait comprendre la stratégie de son tuteur ?
Arnolphe se comporte comme un protecteur abusif et odieux alors qu’Agnès le considère comme un père adoptif. Elle ne peut pas imaginer qu’il lui propose le mariage.



2.        Le quiproquo.
Le malentendu commence par le discours sur la morale et le point de vue sur le mariage dispensés par Arnolphe. Du fait de son innocence, Agnès ne peut pas
comprendre la leçon de morale à double sens ni même le stratagème compliqué d’Arnolphe ?
Molière est un grand farceur. De toutes ses pièces, «  L’Ecole des femmes » dégage un grand sens du comique. Ce qui est drôle chez Arnolphe, c’est son idée fixe, sa
hantise de cocuage qui le rend plus cruel, plus rusé vis-à-vis de sa victime qui sera la cause de son échec. Arnolphe,  homme puissant prétend contrôler sa vie et celle
de sa victime avec le sentiment que « sa future femme » sera une femme soumise. Quand il voit que cette dernière va vers quelqu’un d’autre, il considère ce fait
comme un humiliant échec. L’effet comique repose sur son impuissance, son échec et surtout sa chute (v.586, 587). Mais, il est sûr de lui, il prend en main la situation.  
Il pousse le plaisir à ce qu’Agnès lui fasse des confidences. Il joue sur la confiance, sur la peur de l’Autre. Cette fois ci, c’est un comique qui véhicule un goût amer. (v.
599 jusqu’au v.603).
Dans cet extrait, il n’y pas qu’Arnophe qui soit comique.  Le rôle de l’ingénue  proche à la niaiserie est décrit avec certains mots à double sens notamment  par le mot
caresser  (v.618 : Que si cela s’est fait,  je vous caresserai) Ce mot évoque le bon malentendu. L’hilarité  des  spectateurs se manifeste quand on comprend qu’Agnès  
veut montrer à son protecteur  simplement qu’une grande reconnaissance.
Le quiproquo se prolonge assez longtemps (du v.617 jusqu’au v.623), le comique se déclenche (du v.617 : Vous voulez nous deux…)  par les points de suspension.
Agnès  ne croit pas à la générosité d’Arnolphe.  Puis vient la réplique de la jeune fille (v.623 : Nous serions marié ?), une réplique sous la forme d’une phrase
affirmative et au conditionnel qui est une manière de montrer qu’elle comprend enfin ce que mot hymen veut dire.
« Dès ce soir » est répété trois fois par ces deux protagonistes. Cette répétition exprime un comique généré par l’étonnement de la victime, et  par le contentement d’un
stratagème réussi par le tuteur.

CONCLUSION :
On retrouve dans les personnages de Molière toutes les contradictions humaines. Molière, talentueux farceur, les met en valeur dans ses pièces de façons bien
cruelles. L’Ecole des Femmes dévoile un comique tragique. Même en gardant une grande sympathie pour Agnès ou Horace, nous ne pouvons pas rester insensibles à
la poursuite de l’Amour par Arnolphe. Bien qu’il soit polymorphe, perverse et obsédé on peut avoir pour Arnolphe une certaine compassion.  Sa méchanceté s’explique
par la quête incessante d’un amour sans retour et fait de lui la victime malheureuse d’un sentiment inassouvi. Faut-il pour cela le rejeter et en faire un personnage
antipathique à qui  on peut dénier, disions-nous, une certaine compassion ?