Culture et Pensees de Diem Dao
ANALYZE DE LA PIECE « PAPA DOIT MANGER »
BY THUY TIEN



INTRODUCTION :
Papa doit  manger est une pièce de théâtre dont le livret est de  95 pages. Cette pièce est écrite par une jeune écrivaine, Marie NDIAYE, (née à Pithiviers en 1967) et
qui relate une histoire de famille, comme tant d’autres, donc plutôt  compliquée. Le personnage de « Papa » a quitté sa femme et ses deux filles en bas âge si bien qu’il
ne les connaissait plus du tout. Entre temps un autre homme a pris sa place pendant les  dix ans qu’a duré son absence.  Personne ne pense plus à son retour. Mais
un beau jour, il réapparaît sous une fausse apparence: riche et rajeuni. Il exige de rentrer dans ses droits de père et de mari. Il est persuadé que sa famille lui est
redevable, qu’elle l’aime malgré son infidélité et  son irresponsabilité. Cette œuvre se construit autour des conflits familiaux, sociaux, inconscients.

I. Le conflit Père - Filles.
Les conflits familiaux tels que  les conflits entre parents et enfants, mari et femme ainsi qu’avec les grands-parents sont  des sujets qui reviennent souvent dans les  
familles.
Papa doit manger relate ces conflits. Je voudrais présenter le conflit entre le  père et les filles dans cette œuvre.

Dans ce conflit, chacun pense avoir raison  alors que leurs stratégies et leurs arguments sont  opposés. Le père et la fille dans cette œuvre montrent deux désirs
contradictoires. Après une très longue absence, le père n’accepte pas d’être oublié par  sa famille. Lui-même ne se rappelle plus des noms de ses filles et  sa  
réapparition soudaine provoque une tension exacerbée, désagréable. Un conflit psychologique qui peut naître de l’angoisse, des troubles psycho-émotionnels.
Dans les chapitres 1,2.3, 6 et 10, l’auteure nous décrit ce conflit comme une lutte de paroles, de stratégies. Elle montre les réactions des deux protagonistes principaux.
On va, tout d’abord, étudier la stratégie du père : «  comment  se présente-t-il  après 10 ans d’absence » ? Ensuite, on va analyser la réaction de Mina, la fille aînée
face à cette stratégie. Comment ce conflit se termine-t-il  et qui gagnera ce combat ?

1.        La stratégie du Père :
Dans « Papa doit manger », la relation Père-Fille est assez compliquée, du fait, de la longue absence du père.  Le rapport filial qui est effacé laisse la place à une autre
relation qui se traduit par un trio : les deux pères (Papa, le père biologique qui a été absent  et le père amant ou père nourricier) et  l’enfant. Dans cette situation, l’
enfant peut être considérée  comme un « tiers lésé qui appartient à un autre homme, le père amant, et le père absent prend sa fille comme on Objet d’amour.       

Au fond dans le choix d’Objet, cet homme a besoin de son objet à présent appartenant à un autre père qui lui soit interdit.
Ce dernier qui veut récupérer sa fille, comprend bien que le rôle du père amant a laissé des empreintes dans l’inconscient de sa fille. Alors, pour attirer à lui les
suffrages de sa fille, il va dégager toute une stratégie de reconquête qui passe par les paroles, par la séduction du corps, sa beauté physique. Enfin, il utilisera un
ultime moyen, il  parlera à sa fille de ce qui les relie, c'est-à-dire  la couleur noire de leur peau. Il espère ainsi faire basculer l’amour filial de sa fille en sa faveur.

1.1. La persuasion :
Dans sa stratégie de persuasion, le père biologique utilise des techniques de séduction frisant la limite de la manipulation qui est, en fait, sa véritable nature. Pour lui,
la persuasion s’apparente à une « lavage de cerveau, une guerre psychologique ». Il applique pleinement la définition étymologique de la persuasion qui vient du latin
persuasio, qui est l’action d’amener quelqu’un à quelque chose, à croire, à convaincre.

- La répétition :
Cette figure est l’une des composantes de l’écolutio, une partie de l’art rhétorique.
absence comme une béance.  
Le groupe de mots « papa est revenu » est répété 20 fois tout au long de cette œuvre. Cette répétition qu’utilise habilement le père comme une figure de rhétorique,
Jean Jacques Robrieux distingue la répétition comme l’une des figures de rhétorique qu’on utilise pour insister sur le rôle persuasif.

- Le jeu de mots :
Cet homme, dès sa première apparition, n’utilise que des « mots doux » pour appeler ses deux filles. Il leur donne des petits noms réservés aux femmes dans l’intimité :
mon oiseau, petite méchante (p.9, 11) ma petite (p.10), mes petites chattes (p.19).  Comme il ne se rappelle jamais du nom de ses deux filles, il utilise ces mots pour les
appeler. Pendant toute la conversation, il ne retient pas le nom de sa fille, Mina, qui  est forcée de lui répéter 8 fois (page.10, 16, 22, 24, 26, 27). Il les appelle « enfant
» à la place de leur propre nom. Et en même temps qu’il répète le mot « enfant », il accompagne ce mot avec le mot «  Papa » comme pour insister sur son rôle de
père, pour rappeler à ses filles que leur père, c’est bien lui.

1.2. La séduction :
De son corps, de son image :
Poursuivant le jeu de persuasion par la répétition du groupe de mots « Je suis Papa, je suis revenu », le père continue à jouer à un autre jeu de séduction en utilisant
son corps, son physique car il pense que sa femme et ses filles comme le « tiers lésé », ses enfants appartiennent à un autre homme, Zelner.   Donc il veut bien les
récupérer. A cause de son absence si longue, entre le père et les enfants, il n’y a plus de liens paternels. A son  retour, il se rend soudain compte qu’elles ne sont plus
des enfants. Il les regarde et voit en elles, des femmes. Le Papa voit ses filles avec un regard d’un homme (p.17 : « Je ne tolère pas, enfant que des joues, de belles
joues lisses… » ; p.20 « Ami et Mina sont mes filles, mes chères belles petites cailles » ; p.26 «  N’êtes-vous pas un peu trop grosses et lourdes, mes filles ? Deux
belles chattes gracieuses … » ; p.27 : « Il faudrait que ces deux filles maigrissent considérablement. Je suis riche et je veux être séduit » ; « …il faut dire, Père, s’il te
plaît, nous deviendrons belles petites bêtes fines et longues et splendides sauterelles dépourvues de la moindre graisse sous le menton, p.28 : « Je veux que ces filles
là, mes filles, deviennent chères, exigeantes, intouchables à moins d’y mettre un paquet. C’est que pour cela que je suis revenu, pour être caressé, envié, flatté dans
mon amour propre pour être cajolé et supplié par les deux petites bouches roses murmurantes. ). Dans ce conflit, le père prend ses enfants comme des objets. L’objet
dans ce cas peut définir comme corps, comme la peau   (p.16 : dis-moi, ma fille, s’il y a eu un autre homme dont la peau était d’un noir absolu ? Mais quand Mina
entend ce mot « peau », elle comprend que cela peut être une métaphore .En ce cas, l’objet ne représente pas une  partie du corps mais plutôt  une personne. L’objet
d’amour c’est la parole du père, la couleur de la peau noir, comme une empreinte sur sa propre  peau. Premier d’objet d’amour c’est nous même, c’est de s’aimer.
Mina, elle l’aime comme on le fait dans le narcissisme, elle aime son image qui est le reflet de la peau, du physique de son père.  Donc, quand le père parle de la peau,
indirectement, ce mot « magique » touche à l’inconscient de Mina, enfin, elle enlève la « chaîne » et le laisse entrer dans  la maison : (p.16 : Soit. Entre. p.17 : « Alors,
entre. Les peaux, je ne les regarde pas, je ne
les vois même pas. Toutes ces peaux ! ») Elle répond ainsi à son père peut-être parce qu’elle a la peau blanche de sa mère (p.56 par la remarque d’une tante de la
maman, tante Clémence : « Tes filles ont le teint assez clair, c’est une chance pour elle »)
Quand le père dit : « Voilà. Tu es donc ma fille Mina » (p.17) comme pour faire savoir qu’il a réussi à convaincre à sa fille, il pense que la première étape de sa victoire
est atteinte. La conjonction de coordination donc qui sert à marquer la conclusion d’un raisonnement ou d’une déduction  exprime qu’une chose doit être la
conséquence ou le résultat un peu comme une conclusion.

De l’argent :
Papa continue sa stratégie en utilisant un autre moyen, celui de montrer qu’il est riche car il sait bien que sa famille vit toujours dans un appartement minable et
inconfortable. (p.22 Mina : « Il nous faudrait un tout petit peu plus de confort, car il n’y a que deux pièces et Maman a pour lit le canapé mais il n’arrive de plus en plus
souvent qu’il refuse de se déplier, aussi Maman doit se serrer sur les coussins, et son dos s’abîme, et ses jambes ne se reposent pas comme elles le devraient après
tout ce temps passé debout.  Dès qu’il voit la deuxième fille, Ami, il utilise  tout de suit le moyen de  l’argent, en parlant de la nourriture : les pâtes de fruit représentent  
des produits de luxe: (p.18 : « Ami, ma fille, viens m’embrasser Papa qui est parti faire fortune il y a dix ans et qui revient si riche comme jamais » ; p.19 « …c’est à toi
que je donnerai les pâtes de fruit si tu viens là, tout de suite, m’embrasser », p.22 « Si Ami n’aime pas les pâtes de fruit duty free…J’achèterai des chocolats belges ou
de parfum  américain, tout ce que vous voudrez… ». Ami, c’est une fille qui n’a pas de paroles dans cette pièce mais sa réponse résume peut-être tous ses regards sur
ce père absent : (p.21 : « C’est dégoûtant. » Mais devant la menace par un ton coléreux, elle détourne sa pensée par une autre réponse  (p.21 Papa : « Dégoûtant ?
Qu’est ce qui est dégoûtant ? Je n’aime pas ce langage …Dépêche-toi de me dire ce qui est dégoûtant. Ami : « Les pâtes de fruit »). En revanche, il a réussi avec sa
fille aînée qui a enfin le bonheur de retrouver son père (p.24 : « Je suis Mina, dites Nana, mais ma sœur Ami fait honte. Papa est revenu, quel bonheur ! » Et ensuite,
elle a bien décidé de chasser le père amant pour laisser la place à son père absent (p.25 Mina : «  Notre père est là, il faudrait que tu partes, professeur ».

2. Les réactions des enfants
L’absence totale du père pendant de longues années, l’abandon, la fuite de ce père sont-ils les causes de ce conflit ?  Comment et pourquoi revient-il ? Quels sont les
regards des filles sur le père absent ? Comment l’une de ses  filles accepte-t-elle son père et quel est son devoir envers lui ?

2.1. La figure du père absent à travers le regard de ses  filles.
*étrange, inconnu, égoïste :
Dans la première scène, le père, apparaît et se présente devant la porte entrebâillée, Mina ne sait pas encore que c’est son père, elle dit (p.9) « Mais maintenant,
partez, partez ! » ; p.10 Papa dit : « …Papa croyait que les enfants attendraient son retour avant d’avoir l’air de parfait inconnu »
L’image du père biologique est effacée dans la mémoire de tout le monde. On n’y pense plus, on le croit mort (page.10. Papa : « Pendant dix ans Maman m’a cru mort).
Les dix ans d’absence justifient  la date de naissance de la deuxième fille quand la fille aînée parle de sa sœur : (page 10 : Ma sœur Ami a dix ans)  Ce père là, devient
un étranger, un autre père amant, celui-là, le remplace.
Dans la scène 10 où Mina est seule dans son monologue : «  Mon père n’a jamais été correct, ni honnête et égoïste (p.86 : « Ma sœur Ami descend très bas. Elle ne
peut rien devoir à notre père. Comme je suis en colère contre lui ! I ne soucie pas de sa fille Ami, pourtant tombée si bas » «  …cet home qui était mon père mais ne m’
avait jamais aimée, moi, sa fille, Mina… »
*autoritaire :
Au début, dès sa première apparition, le père utilise déjà le ton autoritaire qui fait peur à ses deux filles (p.10 Papa : « Allons, laisse-moi entrer. Enlève cette chaîne. Je
rentrerai, tu sais. Oui, je rentre puisque je suis ton père. ». Mina commence à pleurer, a-t-elle peur de lui ou ses larmes viennent-elles de ses émotions ? C’est ambigu !
(p.13 papa : « Ne pleure pas ! Allons bon. Eh, enfant, quelle histoire ! », « A présent, c’est moi, Papa. Oh là la, enfant, comme tu trembles ! Pourquoi tremble ainsi,
claquer des dents, comme si je te secouais alors que, eh bien, ma fille, je ne t’ai pas encore touché, pas même embrassé ; (p.15 : « Assez, assez. Tu n’as pas, enfant,
à m’ordonner, quoi que ce soit. Jamais. Papa te commande d’ouvrir et de cesser de gémir).

2.2 La voix d’enfants.
- La voix de Mina :
Dans cette œuvre, il y a deux filles.  Ami, la fille cadette, est née juste au  moment où le père s’en allait, elle ne le connaissait donc pas (p.10 Ma sœur Ami a dix ans).
Ces deux filles ne connaissaient pas le petit garçon qui est né d’une autre femme, Anne, deuxième femme de son père (p.45 : …cet innocent et indéniable, désastre qu’
est notre enfant ; p.88 Un garçon, m’a dit-il, il a eu autre fois et donc je l’ignore l’existence. Mon père a rencontré par hasard la mère de ce garçon dans la rue. Elle lui a
appris que l’enfant «était mort depuis longtemps. Elle s’est mariée…) ;
Il n’y a que Mina qui a la parole. Depuis au début de l’œuvre, on entend la voix de Mina . Au travers de ses paroles, elle raconte tout qui s’est passé depuis la
disparition du père : elle lui parle de sa mère : (p.10 Maman a beaucoup de talent pour coiffer, de l’éducation de leur mère ; p.10 elle nous apprend à penser, maman
nous apprend que le mutule ne doit jamais passer notre seuil…, elle lui décrit comment est sa mère : (p.12 Maman est beaucoup plus gai que nous, elle est gai, elle est
drôle ; elle lui parle de leur amour envers leur mère (p.13 : Nous écoutons maman, bien qu’elle tire plus de plaisir que nous à faire toute chose. Nous…nous l’aimons
plus que nous-mêmes…) Elle lui dit que sa mère a un autre homme, Zelner, le professeur (p.14, Ce Zelner, enfant ? Un fiancé de Maman ? Elle nous dit qu’il est
précieux, elle nous dit qu’il est intelligent et dévoué. Maman doit faire effort chaque jour pour mériter et peut être même espèce d’amour (elle ne sait pas) qu’il éprouve
pour elle, ce professeur au lycée de Courbevoie.  
Elle est sensible, mais c’est elle qui ordonne à sa sœur d’embrasser son père (p.18 : Mina : Embrasse-le. C’est papa. Oh, je voudrais que personne ne se fâche.) Et c’
est aussi elle qui demande que le professeur parte (p.25 : Mina : « Notre père est là, il faudrait que tu partes, professeur ».
Elle joue le rôle d’une mère dans cette petite famille (p.24 : « Mina, dites Nana, que l’on me voit comme une petite mère active, un peu soucieuse, mais il faut que notre
père puisqu’il est revenu, sache ce qu’il a devant lui. Comme je suis contente »). C’est toujours elle qui intervient chaque fois s’il y a quelque chose qui ne va pas entre
les membres de sa famille, quand son père et Zelner se disputent, elle intervient : p.20«  Inutile de parler haut.) ; p.27 « je suis Mina et Maman nous dit qu’il n’est pas
facile de conserver la beauté du geste derrière des façades décrépites. Contentez vous de murmurer ; p.37 : Mina : « Pas de dispute ! Nous ne pouvons ne la
supporter, Pardon, pardon ! Oh, je m’excuse pour tout le monde »)
Quand sa sœur prend la parole, elle a peur que son père ne se  fâche, elle essaie de la protéger (p.21 : « Pas de colère, pas de mot, je vous en prie ! »)
Dans le chapitre X, Mina devenue adulte, dans un monologue, résume presque que toute l’histoire après le retour de son père. (p. 80 « Pourquoi, moi, Mina, devrais-je
prendre soin de mon père qui m’a abandonnée il y a trente ans et n’a jamais rien fait pour moi ?...La loi, nous sommes en colère. Nous savons bien mais la colère ne
nous quitte plus »)
- La voix d’Ami :
A côté de sa grande sœur, Ami  n’a presque pas la parole. Dans toute l’œuvre, elle n’a que deux courtes phrases à prononcer ; mais ces deux phrases là résument
toutes ses colères refoulées (p.21 : C’est dégoûtant ! Les pâtes de fruit.). Elle parle peu mais c’est elle qui est la plus forte, la  plus solide entre les trois femmes de son
père ; sa mère et sa sœur aînée. Elle n’est pas soumise et séduite par la beauté ni par la richesse de son père (p.43 : « L’une de mes filles, celle qu’on appelle Ami, je
crois ne s’est pas laissée acheter malgré les tentatives de sa mère en ce sens. Papa est revenu -ah, oui ; la fille devait se vendre à la joie ambiante. Mais non, rien à
faire. » Elle réagit quand le père parle des pâtes de fruit, elle répond tout de suite : « Dégoûtant !».(p.29). Veut-elle dire qu’elle est dégoûtée par  son père ou de cette
vie, ou de l’abandon? Celle qui parle peu, finira mal. Elle est complètement détruite par quelque chose liée à cet abandon. Quel est  la cause de son blocage  pour qu’
elle parle si peu ?) (p.86 : par la parole de Mina du chapitre X, on sait que  « Ma sœur Ami ne peut rien. Elle traîne. Quand elle a besoin d’argent, elle passe chez
Maman, à chaque fois plus défoncée que la fois d’avant. Ma sœur Ami émerge d’une défonce pour replonger dans une autre, et elle est cinglée d’une manière dont on
ne peut rien faire, qui ne lui appartient pas, qui est celle des gens comme elle…Ma sœur Ami descend très bas. Elle ne peut rien devoir à notre père. Comme je suis en
colère contre lui ! I ne soucie pas de sa fille Ami, pourtant tombée si bas ».

3. La conséquence du conflit.
3.1. Qui gagne le combat.
Dans ce combat, il y a , d’un côté, un père, rusé et sournois, de l’autre côté, deux enfants en bas âge, Mina, l’adolescente  trop sensible et Ami, plus jeune, qui a un
blocage psychologique  (p.17. Mina « Comment se fait-il que ne puisse empêcher mes larmes de couler ? ») Malgré sa faiblesse Mina essaie à tout prix de  protéger sa
mère et sa sœur comme une petite mère active (p.24). Ami, elle, reste muette, sans parole!

Dès la première apparition de son père, Mina perçoit un sentiment de confusion entre l’amour filial et la haine causée par l’abandon. En effet, devant un homme si
habile, si rusé tel que son père qui  utilise une  stratégie fondée sur le jeu de séduction , sur le paraître et sur une richesse fausse et imaginaire, Mina ne sait quoi
penser .. Le jeu de parole avec la répétition des même mots « C’est moi Papa, je suis revenu », des mots gentils et doux « mon petit oiseau, mes chattes, mon
enfant…), et  l’utilisation  des menaces confortent ce père dans son  droit de dominer ses filles : (p.17 : Je ne tolère pas, enfant, que des joues, de belles joues lisses,
soient mouillées et sirupeuses. Apprend à me connaître. Tu ne me connais pas bon. Apprends, observe et obéis). Dans le premier temps, on peut dire que le père a
gagné, il obtient ce qu’il veut, sa femme lui fait un chèque sur toutes ses économies (p.41 ; quand Papa rentre chez lui, où il habite avec sa deuxième femme Anna, il lui
dit : « mais les choses vont changer. Je vois ma femme demain, toujours à l’hôtel Niko. Elle me fera un chèque. Elle s’y est engagée tout à l’heure….Elle va me prêter
dix mille francs et sans se douter de rien, sans le moindre soupçon » Papa a d’autant gagné que  Mina demande le départ du père nourricier (p.25 : Mina : « Notre père
est là, il faudrait que tu partes, professeur ».)

3.2.  Comment ce conflit se termine-t-il ?
Par les voix des deux tantes Clémence et Josée, et celle  de Mina, adulte, on sait que ce conflit se terminera plutôt mal, surtout pour les deux personnages principaux
dans cette lutte : le père et la fille aînée, Mina. Le père deviendra un vieil homme, pauvre et abîmé (p.91 : Maman : « Comme tu es pauvre…et abîmé. Quel aspect
misérable tu as ! ») Il est abandonné par ses deux femmes (par la voix de Mina dans son monologue, on sait que ses parents divorceront, sa mère épousera Zelner
(page81) et Anna, la deuxième se mariera (p.88).
Avec le divorce, dans ces trois personnages, dont la Femme, la Maman est toujours un « tiers lésé » et la position des deux  hommes deviennent l’inverse. Les parents
biologiques de Mina ont un lien ineffaçable qui est leur deux enfants (p.81 : Maman n’a plus avec mon père aucune espèce de lien légal. Cependant ce lien existe
encore et pour toujours entre lui et moi, sa fille, ainsi qu’avec Ami, car si maman a pu cesser d’être la femme de mon père, nous ne pouvons cesser d’être ses enfants).
Devant la loi, Maman n’a plus lien légal, donc son père n’est plus à la charge de sa mère même si c’était elle qui a détruit son visage par un coup de couteau il y a bien
longtemps (p.71 Tante Clémence : « Elle lui a crevé une joue, amoché un œil, déchiré la lèvre ».
La ruse, la malhonnêteté du Père lui ont joué un mauvais tour. Il  a été découvert au grand jour par Maman, c’était elle qui avait détruit son visage (p.84 « un homme
sans âge à la face détruite). Il se retrouve seul, sans argent (p84). Il n’a rien, rien (p.86). Devant la loi elle doit le prendre en charge malgré qu’elle trouve que c’est
injuste (p. …la loi doit nous aider et non pas profiter de notre irrésolution, de notre gêne et de notre honte), malgré que son mari ne supporte plus la présence de son
beau- père chez eux (p.89 Mon mari voudrait voir partir mon père - mais où ? Ils doivent le prendre chez eux (p.86 Nous n’avions que le choix entre le prendre chez
nous ou payer la pension de l’hospice.).  Mina est déchirée entre l’amour et la haine. Elle ne peut pas abandonner complètement cet homme du fait de son amour
paternel mais elle est toujours en colère contre lui .(p86, 87 : Pourquoi, au début, m’a-t-il paru impossible d’abandonner dans sa maison de vieillards cet homme qui
étai mon père mais ne m’avait jamais aimée, Mina, pourquoi m’a-t-il paru su nécessaire de venir en aide à cet homme au seul motif qu’il était mon père ?)
Pour résoudre ce lourd dilemme, par moment elle imagine qu’il est mort (p.89 On ne peut pas l’assassiner, ai-je dit) Si son père  vit longtemps, comment s’en
débarrasser ? Son souhait est de lui trouver une autre femme pour la remplacer.( Mais quelle Femme oserait vouloir de lui ? (p.89)
Son père n’est pas mort mais c’est la mort du père nourricier, Zelner, qui devient une solution « agréable » pour cette famille : le souhait de Mina est enfin réalisé, sa
mère va récupérer son père. Pourquoi le fait-elle ? Par  pitié (p.91 Maman : « Comme tu es pauvre et abîmé. Je te plains, oui, je te plains beaucoup sans arrière-
pensée Pauvre, pauvre  Aimé. Regarde ton visage. Considère ta maigreur et cette allure démodée que tu as constamment maintenant, tes mains tremblent, mon petit,
pauvre homme) ou par  amour, un amour inexplicable !!!  (p.94 : J’ai toujours eu pour toi, un Amour inexplicable).